ma mère est une femme à barbeRaphaële Frier, Ghislaine Herbéra.- Frimousse 2011

Un petit garçon raconte sa maman. Elle a une particularité physique. D'abord cachée, son travail dans un cirque l'invite à l'assumer en public. Dans la rue les gens se moquent et on parle dans son dos. Mais l'enfant l'admire, en vante les mérites. Sans excès car "je sais que tout le monde n'a pas la chance d'avoir une maman barbue."

On comprend que l'enfant préfère sa mère entière. Dans l'image où elle se rase, un catus nous rappelle que ça n'a pas que des avantages alors que celles où la barbe est longue et assumée, sont des incarnations du bonheur. Les gens mal intentionnés ont des visages déformés qui évoquent les humeurs de Monsieur cent têtes, un précédent album de Ghislaine Herbéra. Alors que le couple et l'enfant arborent leur humanité fièrement, amoureusement. Au fil des pages, le ventre de la mère grossit, puis un bébé apparaît. Si l'histoire parle d'une femme à barbe, la vraie vie continue, semblable, avec les moments qui comptent dans le partage entre parents et enfants. Au final, sa singularité s'avère une parmi d'autres et c'est heureux.

La grâce des images de Ghislaine Herbéra, l'originalité des textures, la tendresse des formes et des couleurs servent avec justesse cette histoire qui questionne la différence certes, mais révèle surtout la beauté d'être soi-même, dans le regard aimant de l'enfant, du compagnon, d'elle-même dans son miroir.

En le lisant à l'Atelier des Merveilles hier soir, les petits développaient d'autres opportunités d'usage de la barbe avec une évidence déconcertante tandis que les plus grands (et adultes) s'émerveillaient à la surprise de la dernière page. Chut... Allez-y voir vous-même.