tous à poil

A propos de la polémique lancée par JF Copé sur un album jeunesse Tous à poil ! proposé dans notre dernière bibliographie

Son affirmation d'une prescription Education Nationale est totalement erronée. La presse a fait son travail et largement rétabli la vérité. C'est ainsi que nous sommes mis en cause. Alors que nous ne sommes pas les prescripteurs habituels (bibliothécaire, enseignant, libraire) mais des parents et des enfants qui proposons en partage nos choix de lecture, M. Copé n'est pas en droit de nous dénier cette légitimité. La riche exploitation de nos bibliographies par les médiateurs du livre nous honore. 

La lecture que JF Copé fait de cet album solaire est consternante. Son utilisation politique sans une once d'analyse est une insulte à notre intelligence. Sa pruderie d'un autre âge. La lecture est un acte complexe, certes. Elle est toujours interprétation. Cet album n'est pas malsain comme il le prétend, c'est sa lecture qui l'est : elle lui appartient.
Cet album joueur montre la nudité, naturelle, intergénérationnelle, bienheureusement désérotisée, universelle, comme un acte de liberté, d'égalité et de fraternité : la joie de prendre un bain de mer sous le soleil. Elle nous montre, quand les oripeaux sont tombés, ce qui fait de nous des humains, dans notre diversité. La douceur et la beauté des illustrations dédramatisent cette nudité tant décriée et nous ramènent au temps de l'enfance et de l'aisance du corps, du plaisir simple de goûter à la caresse du soleil, à la fraîcheur de l'eau. C'est un album réconciliateur avec l'image du corps, à tous les âges de la vie, sans contrainte de norme, un appel d'air salvateur dans une forêt iconique sauvage et complexante. 
 

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Cet album à la narration qui va crescendo, fonctionne dans l'attente de comprendre pourquoi à chaque page un ou des individus se dénudent vivement. Cette attente est liée à notre intégration même des codes de la morale et du sentiment de pudeur. C'est bien parce qu'on sait que ça ne se fait pas qu'on est curieux de savoir pourquoi ils le font avec tant d'entrain. Totalement contextualisée, cette nudité ne peut être choquante car elle est révélation du jeu : se dévêtir en dehors de l'intimité de chez soi est totalement exceptionnel et correspond finalement au moment de la baignade. Point de prosélytisme, juste une invitation à profiter de ces moments précieux.
 
Les classes sociales, les fonctions hiérarchisées sont laissées pour un temps de côté, réduites à un tas de vêtements, pour nous rendre à notre plus simple dénominateur commun. Un instant, il nous donne l'illusion d'une paix sociale tant espérée, du plaisir à être ensemble, simplement.
M. Copé s'inquiète de l'autorité des enseignants mise à mal par l'image de la maîtresse se dévêtant. Au contraire, dans la violence à laquelle doivent faire face les enseignants, c'est l'habit qui est attaqué, la représentation de l'Etat, dans cette quête de sens pour ceux que la lutte des classes désempare. En la dévêtant, cet album nous rappelle que dedans la maîtresse, il y a une femme qui chaque jour dans l'arène de l'école, se jette à l'eau...

A l'Atelier des Merveilles nous sommes fiers de défendre nos choix collectifs de lecture, la liberté d'expression et la nudité heureuse évoquée joyeusement dans ce livre simple et intelligent. Les éditions du Rouergue, les auteurs Marc Daniau & Claire Franek sont déjà récompensés par l'envol des ventes. Nous remercions ici tous ceux qui nous témoignent leur soutien et expriment ainsi leur indignation.