le ciel d'anna 001Stian Hole.- Albin Michel jeunesse 2014

Alors que son père est empli du chagrin de la perte, « l'estomac noué », Anna l'ouvre à une toute autre perception. A l'image de ce dialogue aussi surréaliste que les images des pages de garde :

« Aujourd'hui , dit papa, quelqu'un fait tomber du ciel une averse de clous sur nos têtes. Ça n'aurait jamais dû se passer comme ça.

Non murmure Anna. Mais peut-être que demain ce sera une pluie de fraises et de miel... »

Et de s'interroger sur la tendance de Dieu à l'oubli, au manque de dialogue social, à l'impuissance :

« Pourquoi il n'arrive pas à inventer un système qui permettrait à une douleur de se transformer en douceur ? »

Parce ce que c'est exactement ce qu'elle est capable de faire, Anna, voir « de l'autre côté du miroir » suivant le merveilleux conseil de sa mère qui lui avait bien dit « que toute chose avait deux côtés. » Ce que ce père désemparé ose – et ce n'est pas rien – c'est de se jeter à l'eau dans son sillage, accédant ainsi à la beauté des profondeurs renversées, à la visitation des invisibles, au mystère de la consolation qui nous permet après le désastre de « faire comme le chat qui tombe du neuvième étage, qui se retourne en plein vol et retombe sur ses pattes ».

Superbe métaphore filée de l'inversion, du retournement, de la lecture des mots, des rôles, des sentiments, des états d'âmes, des images. Magie de l'inquiétante étrangeté des compositions de Stian Hole (l'auteur estimé de la trilogie de Garman). Sublimation de la disparition par l'accès au symbolique où il suffit d'écouter pour entendre, de s'accompagner dans la traversée littérale du deuil pour recouvrer le sentir au présent. Le texte est magnifique, vibrant, (chapeau au traducteur tatoué), l'illustration, un florilège graphique peuplé d'émotion, de connotations heureuses, complice de l'enfance et radieux d'époustouflantes inventions. Éblouissant et juste, une merveille.