kodhja

Thomas Scotto, Régis Lejonc.- Thierry Magnier 10.2015 Album/BD

« Le garçon s'arrête enfin devant les remparts de Kodhja. » Il est venu rencontrer « le Roi pensant de la Cité. Ce Roi. Le seul à pouvoir lui redonner ce qu'il avait étrangement oublié sur ses années de chemin : le goût de son prénom, la place de sa tête sur ses épaules et la bonne direction à prendre pour avancer. » Mais « Kodhja est un labyrinthe. » Guidé par un enfant espiègle portant masque changeant, au langage symbolique et franc, le garçon hésite mais poursuit sa quête, confronté à de multiples rencontres aussi merveilleuses qu'énigmatiques. Kodhja est un corps, bruissant de souvenirs, d'histoires inventées, de lectures fondatrices, parcouru de gouffres et de pièges, traversé de pensées et de chagrins, où un cœur bat. Kohdja est un temple panthéiste, un jardin secret et fabuleux, un palais mental, un désert et une oasis. Quand la rencontre enfin survient, la révélation est à la hauteur du parcours, bouleversante.

Kodhja est un grand livre. Par sa taille hors norme, mais surtout parce qu'il nous donne tout ce qu'on attend de la littérature. D'une quête ontologique, il fait un parcours initiatique où tout est nommé en son mystère. Le dialogue étrange, malicieux, judicieux, entre l'enfant et le garçon bientôt jeune homme nous accompagne jusqu'à la révélation pour mieux nous étreindre. De la perte vient la consolation, inespérée, le déploiement de grandir, l'appropriation de soi, l'essence de la nomination. Indissociables tant ils font œuvre, l'écriture de Thomas Scotto, d'une subtilité poignante, aussi puissante dans son génie narratif à l'économie que dans sa capacité à dire le sensible et l'émoi, se conjugue au langage visuel de Régis Lejonc, à la taille de cette entreprise démesurée et intime, passant de l'aridité solaire et pierreuse de la forteresse à la luxuriance irriguée des eaux et jardin, de la distance majestueuse aux apparitions de l'inconscient vers un dépouillement qui laisse toute la place à la révélation, à la déflagration d'advenir, dans le blanc de la vie devant soi. Éblouissant.